Le corps tenségritif

Il s’agit ici d’une branche de l’ostéopathie en approche tissulaire par la méthode de Patrick Chêne. Vétérinaire-ostéopathe DO et DOA, passionné par la Vie, il s’est intéressé il y a quelques années à ce concept en apparence simple mais pour lequel il lui a fallu du temps pour le comprendre, l’intégrer et modeler son propre protocole (toujours en évolution aujourd’hui) afin d’apporter l’essentiel des connaissances requises pour les praticiens souhaitant aborder cette technique par sa vision et son interprétation.

C’est donc avec humilité que je vais vous présenter en substance son travail et ce que je suis amenée à faire sur votre animal, quel qu’il soit.


Utilisé comme modélisation en biomécanique cellulaire pour expliquer la solidité des structures, le principe de tenségrité biologique a été emprunté à l’architecture. Les structures de tenségrités sont des systèmes réticulés constitués, dans l’espace, d’éléments quasi rigides isolés et comprimés par un réseau continu d’éléments élastiques en tension. Le système est donc auto-contraint : c’est l’ensemble des forces élastiques (= filaments d’actines du cytosquelette cellulaire ; par extrapolation corporelle globale, les muscles/tendons/ligaments) qui s’exercent sur le squelette des cellules (= microtubules du cytosquelette ; par extrapolation corporelle globale, les os) qui maintient solidement la forme de chaque cellule puis de l’ensemble. La tenségrité peut donc se simplifier à l’image d’îlots de compression dans un océan de tensions et une dysfonction ostéopathique se définit alors comme des forces qui mettent la structure en défaut par trop de tension ou trop de compression. Face à une pathologie lambda, la compréhension du système de répartition des forces dans un organisme devient la clef dans la résolution du problème.

Un corps, de sa base fonctionnelle, la cellule, à l’assemblage de ses organes, tissus et fascias pour former un tout, EST tenségritif. C’est ce qui nous donne à la fois résistance et souplesse. On parle de résilience. D’abord employé en physique pour déterminer la résistance aux chocs des matériaux, on peut aujourd’hui appliqué ce terme à la biologie et à la psychologie pour définir cette capacité singulière dont tout être du monde vivant est doté afin d’absorber-équilibrer-évacuer au mieux les traumatismes physiques et/ou psychiques. Le corps « vibre » au rythme de la vie et est ainsi capable de « résonance » que l’ostéopathe mesure via la qualité du MRP (Mouvement Respiratoire Primaire) et sur lequel la tenségrité se sert pour résoudre ses tensions et compressions. Et nous revoici à évoquer plusieurs des principes fondamentaux de l’ostéopathie : la relation structure-fonction, l’adaptation-compensation et le retour à l’homéostasie.

Ce concept de tenségrité ouvre donc des perspectives incroyables vers l’appréhension de beaucoup de pathologies mais aussi vers les phénomènes de motifs fractals voir la physique quantique… Passionnant donc!

Concernant le soin en vision tenségritive, que j’appelle communément en consultation FTM (Force de Traction Médullaire), il est court (15-20 min) ce qui ne l’empêche pas d’être très puissant. Pour avoir été moi-même patiente de cette technique puis pour l’avoir mise en application dès le 1er juillet 2019, les résultats et les effets de la FTM sont forts et peuvent être considéré comme un « reset » des fonctions physiologiques et mécaniques. Utiliser avec conscience et confiance, c’est simple, rapide et efficace. Vous me verrez certainement le mettre en application sur vos animaux, couplé ou non à d’autres techniques tels que les TROA, le crânien et/ou le viscéral selon les cas.

Le soin par la restauration du corps tenségritif s’appuie sur quatre grands axes à traiter le tout se mêlant intimement avec la notion de MRP et ce qui lui est inérant : la Force de Tension Médullaire, la torsion du bassin, les hélices fasciales et les loges viscérales.

  • La Force de Tension Médullaire ou FTM : anatomiquement, le seul lien qui part du crâne et qui va jusqu’au coccyx c’est le système nerveux (SN) dans son ensemble (nerf optique, encéphale, tronc cérébral, moelle épinière et filum terminal) et pour lequel il existe une tension normale et physiologique. Vous pouvez donc voir la FTM comme une corde qui démarre au crâne depuis les yeux et va se terminer au bout de queue par le ligament sacro-coccygien. Le praticien propose à l’animal de prendre appui sur lui en différents points de son SN afin de libérer les deltas de tensions ou compressions corporelles trop importants. Et, bien que cela puisse paraître paradoxal, c’est dans la détente de la moelle épinière que l’on retrouvera la tension juste et nécessaire au déclenchement du processus de l’homéostasie.
  • La torsion du bassin : le corps n’est pas symétrique, souvent le pied gauche est plus fort que le droit, le cœur est plus à gauche qu’à droite, … il n’y pas de plan médian véritable. De même toutes les protéines (idem fibres de collagène) forment des hélices dextrogyres (en sens horaire) amorçant le mouvement vers la gauche, et par la théorie des fractales, nous sommes en hélice aussi. La torsion physiologique est donc faite en hélice gauche et il est alors plus facile de compresser le corps vers la gauche pour décompresser naturellement vers la droite. Le bassin se trouve être dans ce schéma le point de levier le plus évident et le plus efficace pour amorcer une nouvelle inertie pour cette hélice si le besoin s’en fais sentir.
  • Les hélices fasciales : l’hélice fasciale du tronc passe sur le dos aux points d’inflexions du rachis et sur le ventre au sommet des arcs. Elle s’amorce dans un mouvement vers la gauche puis se poursuit par une spirale dextrogyre, soit dans le sens horaire. On retrouve également cette structure, virtuelle et sur le plan des fascias superficiels, autour de chaque membre. Elles suivent toutes le mouvement amorcé par la torsion du bassin.
  • Les loges viscérales : les viscères sont assemblés en zone, appelées loges, et séparées par les diaphragmes. On retrouve donc une loge abdominale, une loge thoracique, une loge cervicale et une loge crânienne. Elles finissent d’encaisser tensions et compressions qui n’auront pu trouver d’autres espaces en amont (FTM, torsion du bassin ou hélices fasciales) pour se cristalliser et sont par conséquent les dernières à devoir être traitées dans cette approche globale du soin ostéopathique en respectant, pareillement que les hélices, le mouvement physiologique du bassin.

Vous l’avez compris, ce protocole est, certes, très rapide mais puissant. Il soulage les dysfonctions et rétentions presque dans l’immédiat pour certains cas. On peut également y inclure une lecture de l’état émotionnel du patient ainsi que de son état énergétique en y apportant une dimension appartenant à la Médecine Traditionnelle Chinoise.

On remarque aussi que c’est généralement l’animal qui guide le soin en venant de lui-même chercher la tension dans la main du praticien pour trouver à résoudre ses problèmes. Nous ne sommes qu’un appuis pour qu’il puisse se « dérouler » de lui-même. Ceci est particulièrement visible pour les chevaux et autres grands mammifères pour lesquels la force que l’on exerce de prime abord ne suffit pas, du moins de leur point de vue de patient, car ce n’est souvent pas faute de notre part de devoir nous caler contre un mur pour satisfaire leur besoin de tension et densité là où le contact peau animale et main du praticien se fait. Mais c’est toujours un plaisir, après avoir manqué de se faire parfois marcher dessus, de les voir se détendre, soupirer profondément ou bailler à s’en décrocher la mâchoire.

Ceci étant dit, il n’y a nul miracle. La santé est un Tout. L’ostéopathie vient aider-soutenir-soulager ce Tout à maintenir son homéostasie mais ne peut aucunement le remplacer dans son travail propre. En tant que praticienne je ne suis pas non plus Dieu, je n’ai pas le pouvoir de Vie ou de Mort… Je fais tout ce que je peux pour vos animaux et vous, tout ce qui est en mes capacités. Et parfois, malgré les efforts, les espoirs, la dissonance persiste… C’est ainsi. Tous problèmes de santé ne trouvent pas toujours de solutions claires, nettes et immédiates mais tous peuvent être accompagnés d’une façon ou d’une autre sur la voie de la guérison ou la possibilité d’une issue plus sombre. Le traitement en tenségrité, bien qu’il soit par bien des cotés impressionnants, n’a pas réponse à tous les maux et ne convient pas non plus à tous les patients. Pour ceux à qui le protocole correspond cela reste cependant une technique que j’apprécie beaucoup et que j’utilise très fréquemment depuis ma formation à cette approche. Vous aurez donc probablement l’occasion de me voir la mettre en œuvre sur votre poilu un jour ou l’autre.